Le rôle des communautés locales vivant aux côtés des espèces sauvages obtient une reconnaissance accrue à la Conférence mondiale sur les espèces sauvages – CoP18 de la CITES

Genève, 22 août 2019 – L’engagement aux côtés de la CITES des communautés locales qui vivent auprès des espèces sauvages a fait l’objet d’un regain d’attention à la réunion triennale du régulateur du commerce mondial des espèces sauvages.

Avec sept questions à l’ordre du jour sur ce thème, ce qui représente un record, la plus importante réunion de l’année consacrée aux espèces sauvages du monde a consacré une journée entière de discussion à la question des communautés rurales et de leurs moyens d’existence. Plus d’une centaine de Parties et observateurs ont pris la parole pour partager leur avis sur divers sujets liés aux communautés locales. Un groupe de travail composé 61 membres comprenant des représentants des gouvernements, de la société civile et des communautés, a été créé avec pour mandat d’étudier la question de façon plus approfondie et d’en rendre compte à la conférence. C’est l’un des plus importants groupes de travail en session créé à la CoP18.

Les espèces sauvages, animales ou végétales, devraient disparaître au cours des prochaines décennies à un rythme plus accéléré que jamais, en grande partie suite aux activités humaines. L’un des meilleurs moyens pour réduire ces pertes serait de développer des relations étroites et mutuellement avantageuses entre les hommes et les espèces sauvages. Il reste aux Parties de décider de la façon dont les communautés rurale pourraient le plus efficacement être engagées dans le processus de prise de décisions de la CITES, par exemple par le biais d’un comité permanent au sein de la CITES, de mécanismes au niveau national ou autres.

« Les individus pour la plupart pauvres et vulnérables qui vivent au plus près de la nature sont sur la ligne de front de la crise de la biodiversité. En favorisant des partenariats entre les gouvernements, les communautés locales et le secteur privé, le régime juridiquement contraignant de la CITES vise à s’assurer que ceux qui vivent avec les espèces sauvages comprennent combien la survie de ces dernières est importante pour eux-mêmes. Nous devons au cours des prochaines années identifier les possibilités encore inexplorées d’actions locales de conservation par le biais de partenariats, et examiner avec les Parties les moyens de les mettre en œuvre » a déclaré Ivonne Higuero, Secrétaire générale de la CITES.

Les Parties à la CITES qui couvrent le monde entier ont identifié des réussites démontrant comment un commerce légal et durable bien géré des animaux et végétaux sauvages peut soutenir à la fois les moyens d’existence des communautés rurales et la conservation des espèces dans la nature. Plus de 30 études de cas ont été recueillies en Afrique, Asie, Europe, Océanie, Amérique du Nord et Amérique du Sud. Elles concernent l’utilisation durable d’un grand éventail d’espèces, des mammifères, reptile, amphibiens et poissons, aux coraux et plantes médicinales aromatiques. Dix de ces réussites ont été mises en avant en marge de la session de Genève.

L’une de ces réussites, réalisée en Géorgie, en Europe, est l’histoire de l’humble perce-neige, très jolie fleur blanche dont les bulbes sont récoltés dans la nature pour être exportés dans le monde entier. Le perce-neige est menacé de surexploitation et le gouvernement de la Géorgie œuvre avec les sociétés exportatrices à impliquer les communautés rurales dans la récolte, le séchage, le stockage, le conditionnement et le transport des bulbes sauvages. Le résultat est que les petits fermiers des régions les plus reculées et pauvres profitent du commerce international des plantes sauvages et agissent pour s’assurer que la population sauvage de perce-neiges reste durable.

Le crocodile du Nil, au Kenya, en est un autre exemple. Prisés pour leur peau utilisée en bagagerie et autres articles de luxe, les crocodiles sauvages ont décliné à cause d’un commerce non durable, de la destruction de son habitat et d’autres pressions qu’il subit. Œuvrant par le biais de la CITES, le gouvernement du Kenya encourage les villageois des régions côtières à récolter des œufs dans la nature de façon durable et à les vendre à l’une des trois sociétés qui les font éclore et élèvent les jeunes. Ces fermes à crocodiles fournissent également des emplois et les intérêts économiques des communautés locales s’accordent avec la survie à long terme du crocodile.

La réussite la mieux connue de la CITES est sans doute celle de la vigogne, cousine du chameau qui vit sur les hauteurs des Andes, en Amérique du Sud. L’expérience du Pérou est sans doute la mieux connue, mais la Bolivie peut aussi s’enorgueillir des succès remportés avec la vigogne, comme il apparait dans une nouvelle étude de cas. Les populations de vigognes ont régulièrement progressé depuis la création d’une utilisation durable grâce à l’instauration d’un commerce légal. La population de la Bolivie est passée d’environ 3 000 en 1969 à environ 163 331 en 2018. La vigogne est devenue un atout économique pour les communautés au lieu d’être un concurrent du bétail pour les pâturages, ce qui a réduit le braconnage et motivé les communautés à mener des actions contre le braconnage et en faveur de la conservation.

Les autres cas sont la collecte et le commerce du crocodile marin en Australie, la collecte et le commerce du pirarucu au Brésil, la collecte et le commerce des ours polaires par les Inuits au Canada, la chasse et le commerce des trophées de mouflons du Canada au Mexique, la collecte et le commerce de la tortue de l’Amazone à taches jaunes au Pérou, la collecte et le commerce de l’aloès du Cap en Afrique du Sud, et la chasses aux trophées de bouquetins et markhors au Tadjikistan.

Ces nouvelles études de cas sur l’impact positif du commerce durable et légal d’espèces inscrites à la CITES ont été menées dans le cadre de la résolution Conf. 16.6 (Rev. CoP17) qui « reconnaît que : a) l’autonomisation des communautés rurales devrait être encouragée par des mesures appropriées, notamment : … la maximisation des avantages pour les communautés rurales de l'application de la CITES et de la réglementation du commerce concerné ».

Voir aussi : 10nouveaux cas sur la CITES et les moyens d’existence