Réunion plénière informelle de l’Assemblée générale des Nations Unies pour la célébration de la Journée mondiale de la vie sauvage

Réunion plénière informelle de célébration de la Journée mondiale de la vie sauvage 

Assemblée générale de l’ONU
 
Intervention de M. John E. Scanlon
 
Secrétaire général de la CITES
 
 
 
Monsieur le Président de l’Assemblée générale, S. E. M. Sam Kutesa, 
Monsieur le Vice-Secrétaire général, M. Jan Eliasson,
Mesdames et Messieurs les panélistes et les délégués,
 
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Nous tenons à vous exprimer nos sincères remerciements, Monsieur le Président, ainsi qu’aux États membres, pour avoir convoqué cette réunion plénière informelle afin de célébrer la Journée mondiale de la vie sauvage 2015, qui a pour thème « Il est temps de prendre au sérieux la criminalité liée aux espèces sauvages ».
 
Hier, les Missions permanentes du Gabon, de l’Allemagne et de la Thaïlande ont organisé au zoo de Central Park un événement soutenu par de nombreuses agences des Nations Unies et par la Wildlife Conservation Society. Les agences des Nations Unies ont travaillé main dans la main pour la préparation de la Journée mondiale de la vie sauvage 2015, et des organisations nationales et internationales de tous horizons se sont jointes à cet effort collectif. Les résultats de ce travail commun sont visibles aujourd’hui car des dizaines de millions de personnes ont été touchées grâce à nos efforts combinés dans l’utilisation des médias sociaux, qui ont permis d’atteindre plus de 150 millions de personnes à travers Twitter seul.
 
L’ampleur et la nature du commerce illégal des espèces sauvages ayant changé au cours des dernières années, la réponse mondiale a elle aussi évolué.
 
Le commerce illégal des espèces sauvages implique maintenant de plus en plus de criminels organisés transnationaux et dans certains cas des milices rebelles et des éléments insubordonnés des armées, ce qui a changé la dynamique de la lutte contre cette activité criminelle très destructrice, en particulier en ce qui concerne la grande faune, comme les éléphants, et la flore de grande valeur, telle que le bois de rose. Ce commerce menace aussi de nombreuses espèces moins connues, telles que les pangolins.
 
L’impact profond de ce braconnage et du commerce illégal sur les espèces et les écosystèmes, sur les populations locales et leurs moyens d’existence, sur les économies nationales ainsi que sur la sécurité nationale et régionale, est désormais de plus en plus reconnu. Il ne s’agit plus seulement d’une question de conservation – il s’agit là d’une question de développement durable, et cette question touche les trois piliers du développement durable.
 
En juin 2012, à Rio+20, les chefs d’État et de gouvernement ont explicitement reconnu les conséquences économiques, sociales et environnementales du trafic illicite des espèces sauvages, la nécessité de prendre des mesures à la fois du côté de l’offre et de la demande, et le rôle important de la CITES (la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction). Rio+20 a également décrit la CITES comme un accord international situé au carrefour entre le commerce, l’environnement et le développement, et l’a reconnue comme le principal instrument juridique qui sous-tend les efforts collectifs mondiaux dans ce domaine.
 
En mars 2013, les Parties à la CITES ont répondu à l’appel de Rio+20, lorsque plus de 2500 délégués de 174 États, ainsi que des observateurs, se sont réunis à Bangkok, Thaïlande, pour la 16e session de la Conférence des Parties, et ont pris des décisions fortes et orientées vers l’action afin de combattre le commerce illégal des espèces sauvages à la fois au niveau de la demande et de l’offre. La réussite de la mise en œuvre de la CITES repose cependant sur les contributions, l’engagement continu et la collaboration de nombreuses organisations et initiatives ainsi que des personnes travaillant dans un large éventail de domaines, aussi bien au niveau national qu’international.
 
L’un des résultats issu de cette importante réunion des Parties à la CITES en 2013, même s’il ne figure dans aucune décision écrite, est la concentration de notre énergie collective sur la manière de résoudre le problème en travaillant ensemble sur toute la chaîne d’approvisionnement illégal – dans les États d’origine, de transit et de destination - plutôt que de chercher à désigner des fautifs.
 
Les avantages de cette collaboration entre les États d’origine, de transit et de destination sont de plus en plus évidents - comme le montrent les excellents résultats obtenus à travers l’Opération Cobra II, une initiative conjointe de lutte contre la fraude menée l’année dernière par 28 États à travers l’Asie, l’Afrique et l’Amérique du Nord.
 
Nous avons également vu en 2010 cinq organismes intergouvernementaux majeurs traitant de la criminalité liée aux espèces sauvages former une nouvelle alliance, le Consortium international de lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages (ICCWC) - une initiative qui fournit un soutien coordonné et une assistance technique aux pays, notamment à travers le déploiement, sur demande, d’équipes de soutien multidisciplinaires en cas d'incident affectant des espèces sauvages.
 
La dégradation de sites du patrimoine mondial à travers l’Afrique en raison du braconnage pour le commerce illicite, comme c’est le cas dans la Réserve de Selous en République-Unie de Tanzanie, menace des perspectives économiques et touristiques majeures - et la CITES ainsi que le Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO ont uni leurs forces pour aider à mettre en œuvre les décisions de la CITES sur ces sites.
 
L’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, membre de l’ICCWC, le PNUD et le Programme des Nations Unies pour l’environnement luttent tous contre le commerce illégal des espèces sauvages dans le cadre de leurs mandats respectifs et de leur engagement pour le développement durable. Nous avons par ailleurs assisté, sous la direction du Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, au déploiement d’un effort plus coordonné et à plus grande échelle encore de la part des agences des Nations Unies afin de lutter contre le commerce illégal des espèces sauvages.
 
(De gauche à droite) John E. Scanlon, Secrétaire général de la CITES, S. E. M. Sam Kutesa, Président de l’Assemblée générale des Nations Unies, et Mme Chelsea Clinton 
La question a également été abordée par le Conseil de sécurité de l’ONU, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, lors d’événements organisés par le Gabon et l’Allemagne, l’ECOSOC, l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement, la Commission des Nations Unies sur la prévention du crime et la justice pénale, à travers de multiples forums régionaux - et la société civile dans toutes les régions a été mobilisée et joue un rôle indispensable.
 
En dehors du système des Nations Unies, nous avons également assisté au profond engagement dans cette lutte d’INTERPOL, de l’Organisation mondiale des douanes et des institutions financières régionales et mondiales, dont la Banque africaine de développement, la Banque asiatique de développement, le Fonds pour l’environnement mondial et la Banque mondiale (de même que des bailleurs de fonds nationaux), ainsi que des initiatives privées telles que la Clinton Global Initiative.
 
Dans l’ensemble, nous assistons à un renforcement de la lutte contre la fraude, à davantage d’efforts de réduction de la demande et à un plus fort engagement des communautés locales dans de nombreux pays - mais nous devons encore faire plus.
 
Les actions de lutte contre la fraude et les stratégies nationales de réduction de la demande restent une responsabilité nationale, et les efforts internationaux actuels sont axés sur le renforcement des capacités et le renforcement de la coopération transfrontalière entre les États d’origine, de transit et de destination, ainsi que sur le soutien à la lutte bilatérale, régionale et inter-régionale contre la fraude et à ses efforts connexes. Nous devons nous assurer que les soutiens épaulent ceux qui travaillent en première ligne - les rangers, les agents des douanes, les forces de police, les procureurs et les juges.
 
Aujourd’hui, nous accueillons chaleureusement l’attention politique accordée à cette question cruciale à l’occasion de la Journée mondiale de la vie sauvage, à travers cette réunion plénière informelle de l’Assemblée générale des Nations Unies, qui rassemble les dimensions sociales, économiques et environnementales de cette criminalité très destructrice - y compris les liens vers les Objectifs pour le développement durable proposés et les cibles connexes. Le commerce illégal des espèces sauvages nuira sérieusement aux efforts déployés pour atteindre plusieurs de ces objectifs et cibles, et nous nous félicitons de la proposition visant à inclure des cibles liées au commerce illégal des espèces sauvages au titre de l’Objectif 15 proposé.
 
Mesdames et Messieurs les délégués, il reste encore bien davantage à accomplir, mais le niveau croissant de l’engagement politique qui se manifeste ici à New York, les mesures prises actuellement en première ligne partout dans les États d’origine, de transit et de destination, et l’élan que génèrent des événements tels que la célébration de la Journée mondiale de la vie sauvage cette semaine à travers le monde, nous montrent que nous pouvons réussir grâce à notre action collective.
 
Je conclurai en exprimant notre soutien à l’appel lancé hier par le Secrétaire général de l’ONU lors de la Journée mondiale de la vie sauvage, pour que les atteintes que subissent les espèces sauvages soient considérées comme une menace pour un avenir durable, notre avenir ; et pour que la criminalité liée aux espèces sauvages soit enfin prise au sérieux.
 
Je vous remercie.