Allocution de M. Erik Solheim, Directeur exécutif du PNUE, à la dix-septième session de la Conférence des Parties

CITES CoP17

Johannesburg, 24 septembre 2016

 

Un grand merci à Edna, à Mesdames et Messieurs les ministres et à tous nos amis.


 
Assemblée des Nations Unies pour l'environnement

Vous m'avez tous rendu très heureux à mon arrivée ici ce matin. Y a-t-il quelque chose de plus beau que de voir 3000 personnes réunies pour défendre la noble cause qu'est la sauvegarde des espèces sauvages de cette planète? Merci à tous et à toutes d'être venus ici.

Je voudrais d'abord parler des mambas noirs. Vous savez peut-être que le mamba noir est le serpent le plus venimeux du continent africain. Il se déplace aussi vite que les plus rapides des coureurs de marathon kenyans. Donc, soyez prudents! Il est si toxique que jusqu'à très récemment, on considérait que sa morsure était à 100% mortelle: si vous aviez le malheur de vous faire mordre, la mort survenait au bout d'une heure et au maximum au bout d'une journée.

Toutefois, ce n'est pas de ces mambas noirs que je veux parler mais de l'unité spéciale anti-braconnage des Black Mambas. Les braconniers ont intérêt à s'en méfier! Mais je pense qu'ils sont rares parmi nous. Du moins, je l'espère.

L'unité anti-braconnage des Black Mambas est constituée de jeunes femmes de ce pays fantastique qu'est l'Afrique du Sud, prêtes à laisser mari et enfants derrière elles. Ces femmes sont conscientes de prendre un risque calculé parce qu'elles veulent préserver les beautés de cette nation et, bien sûr, les rhinocéros et tous les autres animaux extraordinaires qui vivent ici, en Afrique du Sud. Ces groupes ont démantelé de nombreux campements de braconniers, des cantines servant de la viande de brousse à proximité de parcs nationaux, et plusieurs réseaux de braconniers. Laila Mkhabela, l'une de ces jeunes femmes très courageuses, dit: "Je n'ai pas peur, je sais ce que je fais et pourquoi je le fais. Si vous voyez des braconniers, dites-leur que ça n'est même pas la peine d'essayer, dites-leur que nous sommes là et que c'est eux qui mettent leur vie en danger."

Je veux rendre hommage aux héros et héroïnes de cette lutte, ces personnes, en chair et en os, qui se trouvent en première ligne de notre combat commun, et sans lesquelles nous ne réussirons jamais. Je vous invite donc à les applaudir chaleureusement.

Mais par extension, c'est à vous que je veux rendre hommage. Vous n'êtes pas – du moins la plupart d'entre vous – des héros du même acabit, mais vous êtes aussi tous des héros, car sans les efforts conjugués de chacun d'entre vous, nous n'avons pas non plus de chances de réussite. Je voudrais remercier John Scanlon et l'équipe très dévouée de la CITES. Sans vous, nous serions très en retard dans cette lutte. Je tiens également à remercier tous les douaniers qui travaillent dans les ports et les aéroports du monde entier. Sans vous, nous ne pouvons réussir. Je remercie aussi tous les policiers, rangers, militants de la société civile et, en fait, tous les ministres et les fonctionnaires des ministères. C'est notre lutte commune qui peut – et doit –réussir.

On me pose parfois la question suivante: Puis-je changer le monde? Je réponds toujours: Qui d'autre? Qui d'autre va changer le monde? Les grands combats de l'humanité, du mouvement antiesclavagiste au mouvement féministe, en passant par la lutte pour les droits civiques aux États-Unis, le combat écologique ou même le mouvement antiapartheid en Afrique du Sud, sont tous nés d'un petit groupe de personnes dévouées, qui a grandi au fil du temps jusqu'à la réussite. Franchement, quand ils étaient en prison dans les années 1960, très peu de gens pensaient que Nelson Mandela, Oliver Tambo, Thabo Mbeki et tous les pères de la lutte antiapartheid, finiraient par réussir. Mais ils y sont parvenus, grâce à leur dévouement et à leur travail acharné, et parce qu'ils n'ont jamais abandonné; et c'est dans cet esprit que nous devons aller de l'avant.

Et je vous souhaite à tous et à toutes bonne chance à cette conférence de la CITES. Mais je tiens également à souligner que la CITES ne peut réussir seule. Ce n'est qu'en intensifiant nos efforts que nous pouvons réussir. Qu'est-ce que cela signifie? Cela veut dire que nous devons entamer un dialogue concerté avec toutes les personnes qui vivent sur le terrain. Quand j'étais ministre en Norvège, j'ai été extrêmement fier d'ouvrir huit parcs nationaux. À chaque fois, nous avons tiré des enseignements. Lorsqu'il existait un bon dialogue avec les communautés locales, les choses étaient faciles. En l'absence d'un tel dialogue, tout devenait très compliqué et beaucoup plus difficile. Nous devons donc redoubler d'efforts et attirer l'attention des communautés locales sur tous les avantages que peuvent leur procurer le tourisme et bien d'autres façons de protéger les espèces sauvages. Et nous n'avons aucune chance de réussir sans une concertation permanente avec les communautés locales.

Il faut aussi que nous intensifions l'information et la sensibilisation du public. À ce sujet, je voudrais rendre hommage à l'aéroport international de Beijing. Avec 90 millions de passagers par an, il est aujourd'hui le deuxième aéroport le plus fréquenté au monde. Et cet aéroport a décidé de consacrer, pendant six mois, une grande partie de son espace commercial à une campagne visant à sensibiliser les Chinois et tous ceux qui passent par Pékin aux dangers qui pèsent sur la faune et la flore sauvages, ce qui signifie pour nous un apport économique considérable. Un grand merci à Beijing!

Comme beaucoup d'entre vous le savent, nous avons mobilisé un grand nombre de célébrités chinoises, mais aussi des personnalités connues dans le monde entier, comme –la plus connue peut-être – la star brésilienne du football, Neymar. Mais si vous n'êtes pas particulièrement fan de foot, il existe un certain nombre de stars en Chine, à Hollywood et ailleurs qui n'hésitent pas à s'afficher pour sauver le rhinocéros, l'éléphant, l'orang-outan, le tigre et le bois de rose. Ces personnalités font partie intégrante de cette lutte et nous devons poursuivre cette action d'éducation et de sensibilisation. Nous devons également lutter contre les braconniers et contre tous ceux qui pratiquent le commerce illégal d'espèces. À cet égard, sachez que les Chinois ont encore intensifié leurs efforts en chargeant les tribunaux de sanctionner plus sévèrement les trafiquants d'ivoire.

Mais nous devons aussi intensifier nos efforts à d'autres niveaux. Nous devons forger des liens avec le secteur de l'énergie. Nous ne pouvons protéger les habitats que si la population a accès à des énergies renouvelables et à l'électricité. Qui peut en vouloir à une femme démunie d'abattre des arbres et d'utiliser leur bois comme combustible pour la cuisine ou pour se chauffer, si elle ne dispose d'aucune autre source d'énergie, solaire, éolienne, hydroélectrique ou autre? Nous devons absolument faire ce lien.

Nous devons aussi faire le lien avec l'agriculture productive. Si les gens, si les petits paysans africains – et ce sont souvent des femmes – n'arrivent pas à nourrir leur famille avec leur ferme, il est très difficile de les tenir à l'écart des aires protégées. Nous devons donc intensifier nos efforts et rendre l'agriculture plus productive. Et bien sûr, nous devons prendre des mesures pour protéger les habitats. L'orang-outan ne vit que sur deux îles – Bornéo et Sumatra – et ne peut pas survivre en dehors de la forêt tropicale. Et il est menacé – par le braconnage, bien entendu – mais surtout par la réduction de son espace vital.

Nous devons redoubler d'efforts et préserver cet habitat afin de protéger l'orang-outan.

Et enfin, nous devons entretenir nos liens avec l'économie. Il existe bien peu d'activités, sur la planète, aussi peu rentables que le braconnage. Certes, une poignée d'individus peut en tirer des revenus, mais c'est une perte énorme pour la société, pour les générations futures et pour les contribuables. En fait, le braconnage est une perte économique majeure pour le plus grand nombre et pour la société dans son ensemble, et ne profite qu'à quelques-uns.

Et le tourisme, Mesdames et Messieurs, est l'activité qui connaît la croissance la plus rapide sur la planète. C'est un générateur d'emplois extrêmement important. Il suffit de regarder ce centre de congrès et les hôtels à Stanton. Ils emploient beaucoup plus de monde que les plus grandes usines de la planète. Et sans les espèces sauvages et la nature, les touristes seraient beaucoup moins nombreux en Afrique du Sud et en fait, partout dans le monde. Le tourisme et l'écotourisme ont donc une importance économique considérable.

Tels sont les liens que nous devons établir pour protéger, dans le cadre de la CITES, les espèces animales et végétales menacées d'extinction, mais aussi pour aborder l'énergie, l'agriculture et le tourisme sous un angle plus large. C'est ainsi que nous réussirons.

Enfin, permettez-moi de poser la question suivante: "Pouvons-nous gagner cette lutte?" Je pense qu'il y a un mot clé pour cela. Le mot le plus important dans le monde d'aujourd'hui. Et ce mot est "ensemble". Si nous permettons aux politiciens et aux forces du mal de nous diviser, nous échouerons. Mais si les États-Unis et la Chine, les deux grandes puissances de notre époque, ainsi que l'Inde, l'Europe, l'Afrique et les Amériques, si nous œuvrons tous de concert, il n'y a aucune limite à ce que nous pouvons réaliser sur la planète Terre.

Divisés, nous échouerons. Unis et ensemble, nous réussirons, et ensemble nous parviendrons à préserver les beautés de notre Terre nourricière, cette planète si vulnérable, la seule que nous ayons. Nous ne pouvons pas partir dans l'espace, dans la Voie lactée ou ailleurs, pour choisir une autre planète.

Ensemble, nous serons en mesure de sauver la planète, et ensemble, nous devons être plus respectueux les uns des autres sur cette planète, afin que nos enfants et petits-enfants connaissent un monde meilleur.

Merci d'être venus.