Réflexions du Secrétaire général de la CITES sur la destruction de l’ivoire d’éléphant confisqué à Bangkok, Thaïlande

John E. Scanlon, Secrétaire général de la CITES

(Déclaration lue par Mme Margaret Akullo, responsable du secteur Asie du Sud-Est et Pacifique à l’ONUDC)

Siège du DNP

26 août 2015

 

Monsieur le premier ministre, S.Exc. le général Prayut Chan-O-Cha,

Monsieur le ministre des ressources naturelles et de l’environnement, S.Exc. le général Surasak Kanchanarat,

Mesdames et Messieurs les fonctionnaires des ministères chargés de mettre en œuvre le Plan d’action national pour l’ivoire de la Thaïlande,

Chers hôtes, Mesdames et Messieurs,

J’aimerais exprimer mes plus sincères remerciements au Gouvernement du Royaume de Thaïlande pour m’avoir convié à assister aujourd’hui à la destruction de 2,15 tonnes d’ivoire d’éléphant confisqué.

Je regrette profondément de ne pouvoir me rendre en personne à Bangkok et suis très reconnaissant à Mme Margaret Akullo de l’ONUDC de me représenter aujourd’hui. L’ONUDC est l’un des partenaires fondateurs du Consortium international de lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages (ICCWC), une initiative du Secrétariat CITES, d’INTERPOL, de l’ONUDC, de la Banque mondiale et de l’Organisation mondiale des douanes).

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À la 16e session de la Conférence des Parties à la CITES qui s’est tenue à Bangkok en mars 2013, celles-ci ont démontré qu’elles étaient prêtes à coopérer pour assurer la survie de l’éléphant d’Afrique. Elles ont exprimé de concert la nécessité de prendre des mesures décisives pour mettre un terme aux tendances alarmantes du braconnage et de la contrebande.

L’importante manifestation qui se déroule aujourd’hui en présence de S. Exc. le premier ministre de Thaïlande permet de mieux sensibiliser les populations aux niveaux local, régional et mondial sur les effets dévastateurs du commerce illégal de l’ivoire d’éléphant et le fait que la Thaïlande et la communauté mondiale demeurent déterminées à y mettre un terme.

Elle a lieu tout juste un mois après l’adoption par les États membres de l’ONU de la première résolution de l’Assemblée générale consacrée à la lutte contre le trafic des espèces sauvages.

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En 2013, les Parties à la CITES ont également reconnu la nécessité de prendre des mesures ciblées et assorties de délais d’exécution tout au long de la chaîne de commercialisation de l’ivoire illégal – des États de l’aire de répartition aux marchés en passant par les États de transit et de destination finale – tout en s’attaquant simultanément à l’offre et à la demande. En conséquence, 19 Parties à la CITES, dont la Thaïlande, ont été priées d’établir des Plans d'action nationaux pour l'ivoireafin de mieux contrôler le commerce et les marchés de l’ivoire et de contribuer à la lutte contre le commerce illégal de celui-ci.

Le Plan d’action révisé de la Thaïlande a été soumis au Secrétariat de la CITES en septembre dernier et il ressort du rapport d’étape complet et détaillé qui a été soumis au Comité permanent de la CITES au cours de cette année que des progrès ont manifestement été accomplis dans la mise en œuvre de celui-ci.

Parmi ces progrès figurent d’importantes réformes législatives. La nouvelle loi relative à l’ivoire d’éléphant est entrée en vigueur en janvier, parallèlement aux amendements à la loi relative aux réserves naturelles et à la protection des animaux sauvages. De nouvelles sanctions pénales allant jusqu’à quatre ans d’emprisonnement ont ainsi été créées pour le commerce illégal ou la possession illégale d’ivoire d’éléphant d’Afrique, qui deviennent ainsi des « infractions graves » (au sens de la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée).

L’application des nouvelles lois et politiques en Thaïlande revêt une importance capitale et ce pays a redoublé d’efforts sur le terrain en matière de lutte contre la fraude pour déceler le commerce illégal de l’ivoire et le faire reculer. La Thaïlande a notamment mis sur pied dans tout le pays des patrouilles spécifiquement dédiées au contrôle du commerce de l’ivoire ainsi que des équipes spécialisées au sein de la police royale thaïlandaise chargées de recueillir des renseignements et de lutter contre le commerce illégal de l’ivoire. Parallèlement à ces efforts, la Thaïlande a mis en place de nouveaux systèmes pour répertorier la possession d’ivoire ainsi que les vendeurs d’ivoire et leurs stocks et a lancé de vastes campagnes d’éducation publique, notamment à destination des guides touristiques.

En décembre dernier, je me suis rendu à Bangkok pour observer par moi-même la vaste gamme d’activités actuellement en cours d’exécution en Thaïlande, et j’ai eu le grand honneur de pouvoir rencontrer le ministre des ressources naturelles et de l’environnement de l’époque, des officiers supérieurs de la police royale thaïlandaise ainsi que des cadres de 20 organismes gouvernementaux, qui prennent tous part à la mise en œuvre du Plan d’action de la Thaïlande.

Il est à présent essentiel de poursuivre sur la lancée de ces efforts très accentués et la Thaïlande aura l’occasion de faire encore état de ses progrès au Comité permanent de la CITES en janvier de l’année prochaine.

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Chers hôtes, la destruction de l’ivoire d’éléphant confisqué qui aura lieu à Bangkok aujourd’hui ne mettra certes pas en soi un terme au commerce illégal de l’ivoire, mais elle garantira que personne ne profite de cette contrebande et constitue une excellente occasion de mieux sensibiliser le public aux réformes législatives menées par la Thaïlande et aux graves sanctions pénales qui s’attachent désormais au commerce illégal de l’ivoire d’éléphant d’Afrique.

Aujourd’hui, nous attirons également l’attention sur le fait que les techniques médico-légales modernes permettent désormais de déterminer facilement l’âge et l’origine de l’ivoire. Cela signifie qu’il est à présent très facile de distinguer l’ivoire thaï de l’ivoire africain et que la probabilité que les personnes qui cherchent à blanchir de l’ivoire africain illégalement commercialisé en l’écoulant sur le marché interne de l’ivoire thaï soient décelées, poursuivies et sanctionnées est bien plus grande.

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Ce qu’ont reconnu toutes les Parties à la CITES lorsqu’elles se sont rencontrées ici, à Bangkok, à l’occasion de la 16e session de la Conférence des Parties est encore plus pertinent aujourd’hui : inverser la courbe inquiétante du braconnage de l’éléphant et de la contrebande d’ivoire exige un effort international soutenu et collectif, et nous remercions sincèrement S. Exc. le premier ministre de Thaïlande d’accentuer encore la détermination collective de la communauté mondiale à mettre un terme à ces méfaits.

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Note à l’intention des lecteurs :

Les résolutions de la CITES recommandent que l’ivoire d’éléphant ayant été commercialisé illégalement et confisqué ne soit utilisé que de quatre manières, à savoir « uniquement à des fins véritablement scientifiques, éducatives, de lutte contre la fraude ou d’identification ». Lorsque cela n’est pas possible, deux options sont proposées : soit entreposer les spécimens, soit les détruire.

En tant que Secrétaire général, je n’encourage ni ne décourage les pays (en tant qu’États Parties à la CITES) à choisir l’une ou l’autre option. Ce choix appartient à chaque pays.

Cependant, quand un pays comme la Thaïlande prend la décision de détruire publiquement ses stocks d’ivoire d’éléphant confisqué, je crois qu’il s’agit d’ une occasion unique pour attirer l’attention du public sur l’ampleur, la nature et les impacts de cette grave criminalité qui se cache derrière ces confiscations, et également pour avoir un effet dissuasif vis-à-vis du commerce illégal.

Cette reconnaissance du fait que la criminalité liée aux espèces sauvages constitue une infraction grave s’est encore amplifiée grâce à la récente adoption de la Déclaration de Doha lors du Congrès des Nations Unies pour la prévention du crime et de la justice pénale qui s’est tenu en 2015, ainsi que de la première résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies sur la lutte contre le trafic des espèces sauvages.

Au cours des 24 derniers mois, nous avons assisté à la destruction d’ivoire d’éléphant illégalement commercialisé qui avait été saisi et confisqué à travers toute la chaîne du commerce illégal, notamment en Belgique, en Chine, aux Émirats arabes unis, aux États-Unis d’Amérique, en Éthiopie, en France, au Gabon, au Kenya, au Mozambique, aux Philippines, dans la RAS chinoise de Hong Kong, en République du Congo et au Tchad.

Pour un complément d’information, voir les liens suivants:

‘CITES and confiscated elephant ivory and rhino horn – to destroy or not destroy?’ John E. Scanlon, October, 2014

CITES Secretary-General's remarks on the destruction of confiscated elephant ivory at Times Square, New York, the United States of America

CITES Secretary-General's remarks on the destruction of confiscated elephant ivory in Beijing, China

CITES Secretary-General's remarks to the first destruction of confiscated elephant ivory in the United Arab Emirates

CITES Secretary-General's remarks at the destruction of confiscated rhino horn in the Czech Republic

CITES Secretary-General's remarks at the first destruction of confiscated elephant ivory in Hong Kong SAR, China

CITES Secretary-General’s statement at an event to crush confiscated elephant ivory in Dongguan, China

CITES CoP16, Bangkok 2013: A ‘Watershed Moment' for Combating Wildlife Crime

CITES National Ivory Action Plans

CITES Secretary-General visits Thailand to discuss national ivory action plan