Allocution d’ouverture de M. John E. Scanlon, Secrétaire général de la CITES à la Soixante-sixième session du Comité permanent

Soixante-sixième session du Comité permanent

Genève (Suisse), 11 janvier 2016

Allocution d’ouverture de M. John E. Scanlon, Secrétaire général de la CITES

Merci, Monsieur le Président, et permettez-moi de me joindre à vous pour souhaiter à toute l’assemblée une très bonne année – Happy New Year, feliz año – et souhaiter très chaleureusement la bienvenue aux membres du Comité permanent, aux observateurs, aux organisations intergouvernementales et aux organisations non gouvernementales, ainsi qu’au secteur privé et aux médias.

Saluons tout particulièrement l’Union européenne, qui a adhéré à la CITES au lendemain de notre dernière rencontre et qui se joint donc à nous pour la première fois en tant que Partie observatrice.

Le nombre de participants inscrits à cette 66e session du Comité permanent n’a jamais été aussi élevé. Une fois les visiteurs comptabilisés, plus de 500 personnes provenant de 77 Parties, 59 organisations intergouvernementales, 139 ONG et 16 organisations du secteur privé devraient assister aux réunions prévues cette semaine. 

Pour ceux d’entre vous qui découvrent la CITES, je précise que les 19 membres du Comité permanent siègent aux premiers rangs et sont seuls compétents en matière décisionnelle, toutes les personnes assises aux rangs suivants assistant à la session en tant qu’observateurs.

L’époque où le Comité se réunissait à l’intérieur d’un petit bureau est bien révolue et, comme nous avons pu le constater à la 65e session du Comité permanent, nos réunions s’apparentent désormais davantage à de mini-Conférences des Parties caractérisées par de longs ordres du jour très précis, de très nombreux documents de travail, un grand nombre de participants, de multiples manifestations parallèles et un grand intérêt de la part des médias. Cette 66e session sur une semaine compte près de 150 points et points subsidiaires inscrits à l’ordre du jour, une centaine de documents pour un volume total de 2700 pages, et une trentaine de manifestations parallèles.

Le très grand intérêt et la forte mobilisation que suscitent les travaux de notre Comité et, en réalité, les activités de tous nos comités, représentent une évolution positive dont il convient de se réjouir et de se féliciter. Pour autant, cette évolution a aussi des répercussions sur chacun d’entre nous, et en particulier sur le Secrétariat. 

Il est désormais on ne peut plus clair que le très vif intérêt manifesté envers la CITES ne présente plus un caractère exceptionnel. C’est devenu la norme et, à l’avenir, il conviendra de mieux tenir compte de cette situation et de prévoir un budget en conséquence.

-----

L’ordre du jour de cette semaine porte sur des questions cruciales ayant trait aux espèces sauvages menacées par le commerce illégal et non durable, au renforcement de la durabilité et de la traçabilité des espèces commercialisées de manière légale, et à l’examen des rapports de situation et de la législation de chaque pays, comme indiqué précédemment par le Président.

Depuis notre dernière rencontre en juillet 2014, le Secrétariat a redoublé d’efforts pour lutter contre le commerce illégal d’espèces sauvages, aider à la mise en œuvre des dispositions relatives aux nouvelles espèces inscrites aux Annexes CITES – notamment les espèces de bois, de requins et de raies – promouvoir le respect de la Convention et appuyer les activités de renforcement des capacités y afférentes, y compris au moyen de législations nationales et de Plans d’action nationaux pour l’ivoire (PANI), et obtenir des ressources supplémentaires en faveur de la mise en œuvre de la Convention au niveau national.

Nous avons également organisé deux sessions extrêmement fructueuses de nos comités scientifiques, la première à Tel Aviv, en Israël, et la seconde à Tbilissi, en Géorgie, et je tiens à exprimer toute notre gratitude aux gouvernements et aux habitants de ces deux pays pour leur générosité, leur accueil chaleureux et la qualité irréprochable de l’organisation de ces deux sessions très productives.

-----

En 2011, lors de ma première intervention devant la 61e session du Comité permanent, nous avions relevé que les activités de la CITES étaient plus que jamais d’actualité mais que ce constat ne se traduisait pas encore par un accroissement du soutien politique ou financier en faveur de la Convention.

À l’époque, j’avais indiqué au Comité que nous entamions une campagne visant à faire mieux connaître la CITES et à la relier davantage à des objectifs politiques plus vastes et à un éventail de partenaires plus large. Notre objectif était d’aider le monde à redécouvrir l’importance de la CITES, aussi bien en tant que telle qu’eu égard au rôle qu’elle joue dans la réalisation d’autres buts et objectifs pertinents à l’échelle mondiale.

Or, comme le dit un vieil adage, "Attention à ce que vous souhaitez, car vous pourriez bien l’obtenir !"

Aujourd’hui, alors que s’ouvre la 66e session du Comité permanent, nous sommes en mesure d’affirmer que grâce aux efforts consentis par une multitude d’acteurs, cet objectif a été atteint : la CITES jouit d’un niveau de soutien sans précédent sur le plan politique, les Parties à la CITES bénéficient de nouvelles sources importantes de financement et la mise en œuvre de la Convention peut compter sur le soutien direct d’un vaste réseau de partenaires aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du système des Nations Unies.

L’intérêt inégalé que suscite la CITES au niveau des politiques, des institutions et du grand public permet désormais à tous ceux qui se trouvent aux avant-postes de disposer du type de soutien financier et technique nécessaire pour mettre en œuvre efficacement la Convention – qu’il s’agisse de lutter contre le commerce illégal ou de veiller au caractère légal et durable du commerce d’espèces inscrites à l’Annexe II.

C’est ce que nous découvrirons au fil de notre examen de l’ordre du jour. Citons néanmoins à titre d’illustration quelques unes des grandes avancées réalisées depuis notre dernière rencontre :

  • En ce qui concerne la lutte contre la fraude : l’utilité du Consortium international de lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages (ICCWC) a été reconnue dans la résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies sur la Lutte contre le trafic des espèces sauvages adoptée en 2015, le Consortium offrant sur le terrain un soutien concret en matière de lutte contre la fraude et menant des activités de renforcement des capacités à l’échelle internationale, comme en témoigneront la Séance plénière et les deux manifestations parallèles qui auront lieu aujourd’hui et mercredi prochain dans cette salle.
     
  • En matière de financements : en 2011, le Secrétariat a ouvert la voie en encourageant le Fonds pour l’environnement mondial (FEM) à faire de la lutte contre le commerce illégal et non durable d’espèces sauvages une priorité, la CoP16 adoptant en 2013 plusieurs décisions en lien avec le FEM. En 2015, le Conseil du FEM a approuvé le Partenariat mondial pour la conservation des espèces sauvages et la prévention de la criminalité en faveur du développement durable, et le Secrétariat contribue à faire en sorte que les Parties à la CITES répondant aux critères prescrits puissent bénéficier de ce programme de financement. Nous assistons également à une hausse des financements en provenance d’autres donateurs et mécènes et, fin 2015, la CITES, le PNUD, le PNUE, l’ONUDC et la Banque mondiale ont organisé la première table ronde des bailleurs de fonds en faveur des espèces sauvages.
     
  • S’agissant du soutien technique : nous avons renforcé notre collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), la Royal Foundation on Transport et l’Association internationale du transport aérien (IATA), le PNUE en matière de législation nationale, le PNUD en ce qui concerne l’appui à la mise en œuvre des Plans d’action nationaux pour l’ivoire (PANI), le Centre du commerce international (CCI) et l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour ce qui est de la mise en place de systèmes de permis électroniques, la Banque mondiale et l’Organisation des États américains (OEA) s’agissant des moyens d’existence et du tourisme axé sur la faune et la flore sauvages, ainsi qu’avec un large éventail d’organisations œuvrant dans le domaine de la traçabilité.

Aujourd’hui, à l’échelle internationale, la CITES est un exemple exceptionnel de coopération et de collaboration entre une multitude d’organisations et de disciplines dans le but d’assurer un plus grand respect de la Convention au niveau national, ainsi qu’avec des organismes traitant de questions aussi diverses que le commerce, l’environnement, le développement, la santé et le bien-être des animaux, la lutte contre la fraude et les sources de financement.

Au sein des Nations Unies, cette façon de travailler serait qualifiée de "création de synergies" ou d’"intégration" – un objectif que nous poursuivons collectivement de manière concrète et pragmatique afin de servir au mieux les intérêts de nos Parties en les aidant à s’acquitter de leurs obligations internationales, comme nous le verrons à l’examen du point 16 de l’ordre du jour et d’autres points, notamment le point 34 sur la traçabilité.

-----

La CITES est l’instrument juridique international qui sous-tend ces efforts nombreux et variés et son rôle en matière de réglementation du commerce international d’espèces sauvages – tant en ce qui concerne la lutte contre le trafic d’espèces que la mise en place d’un commerce légal, durable et traçable – a été une nouvelle fois confirmé avec l’adoption d’une multitude de déclarations et de résolutions, de Rio+20 en juin 2012 à la résolution de 2015 de l’Assemblée générale des Nations Unies sur la Lutte contre le trafic des espèces sauvages, en passant par la résolution de l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement de 2014, mais aussi dans le cadre des Objectifs de développement durable des Nations Unies, comme l’a indiqué le Président.

La communauté internationale compte à présent sur notre Comité pour soutenir les États dans les efforts communs qu’ils déploient en faveur de la mise en œuvre la CITES et, au besoin, pour appliquer des mesures visant à faire respecter les dispositions de la Convention, conformément aux pouvoirs qui lui ont été conférés par les Parties.

-----

Comme vous le savez, le Secrétariat traverse actuellement une importante phase de transition suite au départ à la retraite de cinq cadres supérieurs ces douze dernières mois et à la mise en place au sein du système des Nations Unies d’un nouveau projet de profonde réforme administrative baptisé Umoja, ces deux éléments ayant de lourdes répercussions sur le Secrétariat. 

Le Secrétariat compte désormais plusieurs nouveaux collaborateurs, tandis que d’autres ont changé de poste, comme nous le verrons à l’examen du point 9.2 de l’ordre du jour et, à l’occasion de cette allocution d’ouverture, j’aimerais exprimer publiquement notre profonde reconnaissance à deux cadres supérieurs partis à la retraite fin 2015 pour leur immense contribution à la CITES au cours, respectivement, des 10 et 15 dernières années, à savoir Marcos Silva et Marceil Yeater. 

Je tiens également à vous remercier, Monsieur le Président, pour vos remarques d’ouverture élogieuses et pour votre engagement sans faille envers la CITES ; comme à l’accoutumée, vous-même et le Comité pourrez compter sur le plein appui du Secrétariat lors de l’examen par le Comité permanent de l’ordre du jour substantiel qui lui est soumis.

Pour conclure, permettez-moi de vous rappeler que la 17e Conférence des Parties prévue à Johannesburg démarrera dans à peine 256 jours ; je sais que nous avons tous hâte d’y être et j’espère tous vous retrouver en Afrique du Sud !

Je vous remercie.