Allocution d’ouverture du Secrétaire général de la CITES lors de l’événement parallèle de la Journée mondiale de la vie sauvage 2017 organisé par le Royaume-Uni, la CITES et WCS

Allocution d’ouverture du Secrétaire général de la CITES, M. John E. Scanlon

Siège de l’ONU, New York, 3 mars 2017

Excellences,

Distingués panélistes,

Chers amis de la vie sauvage,

C’est un grand plaisir pour nous d’être ici, et nous adressons tout particulièrement nos remerciements au Royaume-Uni qui est le catalyseur de l’événement qui a lieu aujourd’hui, ainsi qu’au Botswana et au Viet Nam qui ont tous deux organisé des conférences importantes et très réussies sur le commerce illégal des espèces sauvages.

Il est également merveilleux de voir la Thaïlande sur le programme, ce pays qui a accueilli la 16e session de la Conférence des Parties à la CITES, au cours de laquelle sa proposition de déclarer le 3 mars « Journée mondiale de la vie sauvage » – en référence à la date de signature de la CITES – a été adoptée par la Conférence des Parties et par la suite par l’Assemblée générale des Nations Unies.

Ainsi, nous célébrons aujourd’hui également le 44e anniversaire de la CITES !

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Au cours des six dernières années, je pense que nous avons parcouru un chemin commun pour mettre fin au commerce illégal des espèces sauvages. Certains étaient avec nous dès le départ et d’autres nous ont rejoints en cours de route.

Il existe actuellement un effort collectif mondial pour lutter contre le commerce illégal des espèces sauvages, et, à l’échelle mondiale, tous les éléments nécessaires sont en place pour combattre efficacement ces crimes si destructeurs.

Nous assistons à un soutien politique de haut niveau et à une coopération internationale et régionale sans précédent – et aujourd’hui, nous tenons à souligner les efforts déployés par le gouvernement du Royaume-Uni et par la famille royale britannique pour lutter contre cette grave menace pesant sur les espèces sauvages, notamment à travers la Conférence de Londres et des initiatives telles que l’équipe spéciale United For Wildlife Transport.

Plus que jamais, des ressources financières sont disponibles pour résoudre ce problème, provenant d’un large éventail de sources bilatérales, multilatérales et philanthropiques.

Et un support technique grandement amélioré est également disponible au niveau des pays pour faire progresser des stratégies ciblées portant sur la réduction de la demande, les moyens d’existence alternatifs et le renforcement de la lutte contre la fraude.

Il suffit de regarder le domaine de la lutte contre la fraude dans lequel nous avons le Consortium international de lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages – l’ICCWC – qui est maintenant pleinement opérationnel et fournit un soutien actif et coordonné au niveau des pays afin d’aider les autorités à combattre les groupes criminels organisés transnationaux. Cela comprend un soutien pour appliquer les mêmes outils et techniques que ceux utilisés pour lutter contre d’autres crimes graves – que ce soit l’utilisation de la criminalistique moderne, les techniques d’enquête améliorées, ou la lutte contre le blanchiment d’argent.

L’ICCWC soutient également l’examen et le renforcement des cadres législatifs nationaux, l’amélioration des capacités des autorités nationales pour que les délits de criminalité liée aux espèces sauvages fassent réellement l’objet de poursuites, et pour faire connaître la gravité de cette criminalité.

Nous sommes très reconnaissants du soutien fort exprimé en faveur de l’ICCWC dans la Déclaration de Londres, la Déclaration Kasane et la Déclaration de Hanoï, ainsi que dans la résolution historique de l’Assemblée générale des Nations Unies sur la lutte contre le trafic des espèces sauvages. Cependant, la capacité de l’ICCWC à fournir un appui aux pays repose sur un financement adéquat, et nous exprimons nos profonds remerciements au Royaume-Uni pour le soutien supplémentaire à l’ICCWC qu’il a annoncé à Hanoï l’année dernière, ainsi qu’à nos autres généreux donateurs. 

Aujourd’hui, il existe une vaste gamme de décisions puissantes sur la lutte contre le commerce illégal des espèces sauvages, venant de l’Assemblée générale des Nations Unies, de la CITES, de la Commission des Nations Unies pour la prévention du crime, de l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement, du FEM, d’INTERPOL, de l’Organisation mondiale des douanes, et d’organisations régionales du monde entier.

En fait, nous disposons aujourd’hui de plus de mandats pour lutter contre le commerce illégal d’espèces sauvages que nous aurions pu imaginer il y a seulement six ans. Ces mandats sont essentiels pour orienter, guider les États et les organisations et leur permettre de prendre des mesures.

Pourtant, nous ne gagnerons pas ce combat dans une salle de conférence. Il sera finalement gagné ou perdu sur le terrain, en première ligne. Les actions en première ligne revêtent de nombreuses facettes. Elles sont interdépendantes et exigent toutes une attention particulière si nous voulons réussir. À titre d’exemple, cette première ligne peut être représentée par :

  • Un ranger patrouillant dans les parcs nationaux ;
  • Une autorité CITES délivrant des permis ou inspectant des marchés ;
  • Un officier de police prélevant des échantillons criminalistiques et initiant des enquêtes ;
  • Un agent des douanes interceptant un conteneur suspect ;
  • Un procureur ouvrant une enquête ;
  • Un juge imposant une lourde peine ;
  • Un parlementaire soutenant une législation plus forte ;
  • Une société de transport informant son personnel et ses clients ; et
  • Une communauté rurale bénéficiant directement du tourisme lié aux espèces sauvages.

C’est là que le combat sera gagné ou perdu. Les gouvernements, les communautés rurales, la société civile, le secteur privé, les personnalités publiques et les médias ont tous un rôle à jouer pour que notre objectif commun soit atteint.

Une base essentielle de cet effort repose sur une législation nationale solide, une législation qui met en œuvre la CITES, considère la possession d’animaux sauvages commercialisés illégalement comme un délit, et traite le trafic des espèces sauvages impliquant des groupes criminels organisés comme un crime grave, comme cela a été exprimé dans les différentes résolutions de l’Assemblée générale des Nations Unies et de la CITES. L’important est désormais veiller à ce que ces aspirations soient transposées dans la législation, une problématique qui est traitée notamment par la CITES, l’ONUDC et la Commission des Nations Unies pour la prévention du crime.

Des décisions audacieuses portant sur la lutte contre le commerce illégal des espèces sauvages ont été prises à la 17e session de la Conférence des Parties à la CITES (CoP17) à Johannesburg, en Afrique du Sud, l’année dernière. À la CoP17, pour la première fois, des décisions dédiées ont été prises pour lutter contre la corruption et la cybercriminalité et en faveur de stratégies bien ciblées de réduction de la demande, et des résolutions ont été adoptées pour une législation renforcée et une plus forte participation des communautés rurales.

Nous avons maintenant besoin d’actions concrètes tout aussi audacieuses pour les mettre en œuvre.

Chers collègues, tout le soutien politique, financier et technique qui a été généré au cours des six dernières années doit continuer à converger et à se traduire par un soutien direct à ceux qui œuvrent en première ligne pour l’application de ces décisions.

À l’heure actuelle, il n’y a pas de lacune en matière de mandat ou d’orientation, mais plutôt des lacunes dans la mise en œuvre en première ligne. Par exemple, près de 50 % des Parties à la CITES ne disposent toujours pas d’une législation répondant pleinement aux exigences de la Convention, une question qui a fait l’objet de résolutions et de décisions fortes à la CoP17.

Nous n’entendons pas nos agents œuvrant en première ligne demander de nouvelles résolutions. En fait, de nombreuses Parties commencent à se sentir submergées par le volume des différentes décisions, déclarations et résolutions. Ce que nous entendons d’elles est un appel pour obtenir davantage d’assistance, en particulier une assistance technique et financière, pour mettre en œuvre ce qui est déjà convenu.

Nous voudrions donc insister sur l’importance de mettre réellement l’accent sur les actions en première ligne et de mettre en œuvre les résolutions existantes de l’Assemblée générale des Nations Unies et les résultats de la CoP17 de la CITES, et d’autres conférences - et, s’il doit y en avoir, les résolutions à venir de l’AGNU portant sur la mise en œuvre en première ligne.

Le soutien à ceux qui œuvrent en première ligne constitue l’orientation claire du Secrétariat CITES et de ses partenaires du Consortium international de lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages, l’ICCWC.

Chers collègues, nous faisons des progrès remarquables dans de nombreux domaines. Si nous persévérons dans nos efforts collectifs, nous sommes convaincus que nous mettrons fin à la flambée du commerce illégal des espèces sauvages que nous connaissons ces dernières années – et les chiffres sur les tendances de l’abattage illégal des éléphants en Afrique, publiés aujourd’hui grâce à notre programme MIKE, montrent que nous sommes sur la bonne voie, bien qu’il reste encore beaucoup à faire.

Je remercie la Présidence et tous ceux qui sont ici aujourd’hui, ainsi que ceux qui œuvrent en première ligne, pour leur soutien à la survie des espèces sauvages du monde entier.

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