Le declin des elephants d’afrique se poursuit en raison du braconnage intensif

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COMMUNIQUÉ DE PRESSE

LE DECLIN DES ELEPHANTS D’AFRIQUE SE POURSUIT EN RAISON DU BRACONNAGE INTENSIF

L’ampleur du braconnage continue de présenter un risque immédiat pour la survie de l’éléphant d’Afrique : les tendances globales du braconnage pour 2015 montrent que les populations d’éléphants continuent de diminuer sur l’ensemble du continent africain ; les populations d’Afrique centrale et occidentale sont gravement menacées tandis que des améliorations ont été constatées dans certaines parties de l’Afrique orientale.

Genève/New York/Nairobi, 3 mars, 2016: Les chiffres de l’évolution du braconnage des éléphants d’Afrique en 2015, publiés aujourd’hui par le programme MIKE de la CITES (Système de suivi de l’abattage illégal des éléphants), montrent que l’augmentation régulière des abattages illégaux constatée depuis 2006, qui a culminé en 2011, a été stoppée et stabilisée mais à des niveaux qui demeurent globalement inacceptables.

Malgré la légère baisse et la stabilisation constatées depuis 2011, le taux de braconnage estimé reste dans l’ensemble supérieur au taux de croissance normal des populations d’éléphants ou supérieur au seuil de durabilité, ce qui signifie que la population globale d’éléphants a probablement continué de diminuer en 2015. 

Les nouvelles les plus encourageantes proviennent d’Afrique orientale, où en 2015 une amélioration a été constatée pour la quatrième année consécutive, avec des naissances naturelles qui dépassent désormais le taux d’abattage illégal. La situation en Afrique orientale en 2015 est actuellement comparable aux niveaux enregistrés dans la sous-région en 2008. Malgré tout, même dans cette sous-région, la situation est mitigée : si une diminution du braconnage a été constatée au Kenya, celui-ci est en augmentation dans certaines zones de Tanzanie.

C’est de nouveau en Afrique centrale et occidentale que, globalement, les niveaux de braconnage les plus élevés ont été constatés. Si le niveau d’ensemble reste en-deçà du seuil en Afrique australe, une tendance inquiétante a été observée pour la première fois dans le Parc National Kruger en Afrique du Sud. La population globale du Kruger n’est pas en déclin mais cette situation pourrait changer si la tendance observée en 2015 se confirme. Une augmentation notable du braconnage a également été constatée au Ruaha-Rungwa, en République Unie de Tanzanie et au Chewore, au Zimbabwe.

"La survie des populations d’éléphant d’Afrique reste confrontée à une menace immédiate du fait de l’ampleur inacceptable du braconnage pour l’ivoire, en particulier en Afrique centrale et occidentale. Il existe toutefois des signes encourageants, notamment dans certaines parties d’Afrique orientale comme à Tsavo, au Kenya, où la tendance du braconnage est globalement à la baisse, nous montrant à tous ce qu’il est possible d’accomplir grâce à des efforts collectifs soutenus et un soutien politique vigoureux”, a déclaréJohn E. Scanlon, Secrétaire général de la CITES.

Le programme MIKE de la CITES bénéficie du soutien financier de l’Union Européenne avec l’appui du Groupe des Etats d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP).

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Plans d’action nationaux pour l’ivoire de la CITES (PANI)

La CITES a identifié 22 pays particulièrement concernés par le commerce illégal de l’ivoire, qui sont classés en pays de ‘préoccupation principale’ (huit pays et territoires), de ‘préoccupation secondaire’ (huit pays) et ‘méritant d’être suivi’ (huit pays). Sur ces 22 pays, 19 ont été priés par le Comité permanent de la CITES d’élaborer et de mettre en œuvre un la Plan d’action national pour l’ivoire (PANI).

A sa 66e session tenue à Genève en janvier 2016, le Comité permanent de la CITES a examiné les progrès réalisés par les 19 Parties auxquelles il avait été demandé d’élaborer et de mettre en œuvre un Plan d’action national pour l’ivoire (PANI).

Le Comité est convenu que la Chine (dont la RAS chinoise de Hong Kong), le Kenya, les Philippines, la Thaïlande et le Vien Nam, tous pays de ‘préoccupation principale’, ont ‘dans l’ensemble réalisé’ les activités énoncées dans leur PANI, et félicité ces pays des progrès accomplis. La question de savoir si ces Parties restent considérés comme étant ‘de préoccupation principale’ a été renvoyée pour examen à la 17e session de la Conférence des Parties qui se tiendra en septembre 2016 (CoP17), lorsque seront disponibles les résultats actualisés de MIKE et l’analyse du Système d’information sur le commerce des éléphants (ETIS, Elephant Trade Information System).

Le Comité permanent est convenu que la Malaisie, l’Ouganda et la République Unie de Tanzanie, en tant que pays de ‘préoccupation principale’, n’ont pas encore ‘dans l’ensemble réalisé’ leur PANI, et ces pays, de même que le Cameroun, l’Egypte, l’Ethiopie, le Gabon, le Mozambique, le Nigeria, la République du Congo et la République démocratique du Congo, en tant que pays ‘de préoccupation secondaire’, ainsi que l’Angola, le Cambodge, et la République démocratique populaire lao, en tant que Parties ‘méritant d’être suivies’, ont été avisées de poursuivre leurs efforts de mise en œuvre de leur NAPI et de faire rapport sur les progrès réalisés à la 76e session du Comité permanent le 23 septembre. Le Comité est convenu de recommander que les Parties suspendent le commerce d’espèces inscrites à la CITES avec l’Angola, le Nigeria (recommandation levée depuis), et la République démocratique populaire lao, du fait que ces pays n’ont pas fait rapport au Comité sur les progrès réalisés dans la mise en œuvre de leur NAPI.

“L’élan engendré ces dernières années s’est traduit par une intensification et un approfondissement des efforts de lutte contre cette criminalité en première ligne, là où cela est le plus nécessaire, de la part des garde-nature sur le terrain, des forces de police et des agents des douanes dans les ports d’entrée et de sortie, et sur les marchés illicites. Les gouvernements doivent continuer de renforcer les efforts en première ligne, tandis que les Nations Unies, les autres instances internationales et les acteurs de la société civile doivent accroître leur indispensable soutien pour que nous puissions passer d’une stabilisation à une inversion des tendances dévastatrices du braconnage que nous avons connue depuis dix ans. En cette Journée mondiale de la vie sauvage, nous devons atteindre tous les acteurs concernés pour qu’ils jouent leur rôle dans cette entreprise collective,” a ajouté M. Scanlon.

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TENDANCES DES ABATTAGES ILLICITES D’ELEPHANTS EN AFRIQUE AU 31 DECEMBRE 2015

Informations générales sur MIKE

Le programme de la CITES pour le suivi de l’abattage illégal des éléphants, communément appelé programme MIKE (Monitoring the Illegal Killing of Elephants), a été établi par la Conférence des Parties (CoP) à sa 10e session (Harare, 1997), conformément aux dispositions de la résolution Conf. 10.10 (Rev. CoP16 ) sur le Commerce des spécimens d’éléphants. Le programme MIKE est géré par le Secrétariat de la CITES sous la supervision du Comité permanent. Depuis ses débuts en 2001, la mise en œuvre du programme MIKE en Afrique a été possible grâce au généreux soutien financier de l’Union européenne.

Le programme MIKE vise à informer et à améliorer les prises de décisions sur les éléphants, en mesurant les tendances des niveaux d’abattage illégal des éléphants, en identifiant les facteurs associés à ces tendances, et en renforçant les capacités en matière de gestion des éléphants dans les États de l’aire de répartition. Le programme MIKE est déployé sur un large échantillon de sites dans l’ensemble de l’aire de répartition des éléphants, dans 30 pays d’Afrique et 13 pays d’Asie. L’Afrique compte quelque 60 sites MIKE, représentant selon les estimations de 30 à 40 % de la population d’éléphants du continent, et l’Asie en compte 27.

Dans les sites désignés comme MIKE, les données sont recueillies sur le terrain par les patrouilles de gardes nature ou par d’autres moyens. Lorsqu’une carcasse d’éléphant est trouvée, le personnel du site tente d’établir la cause de la mort et d’autres données telles que l’âge et le sexe de l’animal, l’état de l’ivoire et le stade de décomposition de la carcasse. Ces informations sont consignées dans des fiches carcasse normalisées puis soumises au programme MIKE. A ce jour, une base de données comportant plus de 15 000 dossiers de carcasses a été constituée, soit la source d’information la plus substantielle disponible pour les analyses statistiques des niveaux d’abattage illégal d’éléphants..

MIKE évalue les taux relatifs de braconnage d’après la proportion d’éléphants abattus illégalement (PIKE), calculée comme le nombre d’éléphants trouvés qui ont été abattus illégalement abattus divisé par le nombre total de carcasses d’éléphant trouvées par les patrouille ou d’autres moyens, et agrégée par année pour chaque site. Associé aux estimations de la taille des populations et du taux mortalité naturelle, PIKE permet d’estimer le nombre d’éléphants abattus et les taux absolus de braconnage.

Tout en offrant une mesure sensible des tendances du braconnage, PIKE présente un certain nombre de biais potentiels liés à la qualité des données, aux probabilités de détection des carcasses, à la variation des taux de mortalité naturelle et à d’autres facteurs. La prudence s’impose donc pour l’interprétation des résultats. Toutefois, le fait que les résultats quantitatifs présentés ci-dessous recoupent dans une large mesure les informations provenant d’autres sources permet d’être confiants quant à la robustesse des résultats.

Détails de l’analyse de tendance MIKE pour 2015

Les analyses de tendances des données MIKE conduites selon une méthodologie normalisée ont été présentées à la 15e et la 16e session de la Conférence des Parties, en 2010 et 2013 respectivement et aux 61e, 62e, 65e et 66e sessions du Comité permanent de la CITES, ainsi qu’à d’autres occasions comme le Sommet de l’éléphant d’Afrique (Gaborone, décembre 2013) et sa réunion de suivi (Kasane, mars 2015. En outre, les analyses des données MIKES ont été publiées dans des revues scientifiques évaluées par des pairs (Burn et al. 2011; Wittemyer et al. 2014).

Depuis la présentation à la 66e session du Comité permanent (SC66) tenue à Genève en janvier 2016, du rapport comportant les données reçues jusqu’à la fin 2014, les dossiers de 1 334 carcasses d’éléphants trouvées au cours de 2015 ont été envoyées par 40 sites d’Afrique. Si le nombre de sites ayant envoyé un rapport a baissé par rapport à 2014, où 46 sites avaient fait rapport, le nombre de dossier de carcasses reçus est comparable.

Le jeu de données utilisées pour l’analyse consiste en 14 606 dossiers de carcasses d’éléphants trouvées entre 2003 et la fin 2015 dans 54 sites MIKE et 29 pays de l’aire de répartition en Afrique, soit 505 années/site au total. Les données relatives aux sites d’Asie sont en cours de traitement et seront présentées dans le rapport MIKE à la 17e session de la Conférence des Parties à la CITES qui se tiendra à Johannesburg, Afrique du Sud, en septembre-octobre 2016.

La figure 1 montre l’évolution au cours du temps, dérivée empiriquement de PIKE à l’échelle du continent pour les sites MIKE d’Afrique, avec des intervalles de confiance de 95%. Le tableau fait apparaître une augmentation régulière de l’abattage illégal des éléphants qui démarre en 2006, culmine en 2011 puis décline légèrement et se stabilise. Le niveau de PIKE en 2015 demeure pratiquement inchangé par rapport à 2013 et 2014.

Malgré la légère baisse enregistrée depuis 2011, le niveau de braconnage estimé reste globalement supérieur au taux de croissance normal des populations d’éléphants. Par conséquent, la population d’éléphants dans les sites MIKE a probablement continué de diminuer en 2015. 

Figure 1. Tendances de PIKE en Afrique avec 95% d’intervalle de confiance. Les niveaux d’abattage illégal situés à 0,5 au-dessus de la ligne horizontale ne sont probablement pas soutenables. Le nombre de carcasses à partir duquel tableau a été établi est indiqué sous la figure.

Il est difficile d’estimer l’impact du braconnage au niveau du site, en particulier pour les sites qui ne disposent pas d’un échantillon de carcasses suffisamment important ou lorsqu’il existe des indications d’un possible biais dans les niveaux de PIKE rapportés. Parmi les sites qui ont fait état de 20 carcasses ou plus en 2015, et dont les chiffres de PIKE peuvent être tenus pour relativement fiables, plusieurs restent particulièrement préoccupants (avec un PIKE de 0,7 ou supérieur) : Pendjari (Bénin), Garamba (République démocratique du Congo), Niassa (Mozambique), Katavi-Rukwa, Ruaha-Rungwa et Selous-Mikumi en République Unie de Tanzanie).

Les sites où en 2015 a été enregistré une baisse substantielle du PIKE sont les suivants : Tsavo (Kenya) où PIKE est passé de 0,49 en 2014 à 0,33 en 2015, soit une diminution de 16%, et à Pendjari (Bénin) où le PIKE a baissé de 10%.

Au Kruger (Afrique du Sud), c’est une augmentation notable du PIKE (23%) qui a été constatée : de 0,17% en 2014 à 0,41% en 2015. Bien que le niveau de PIKE au Kruger reste en-deçà du seuil de durabilité en 2015, l’augmentation substantielle du braconnage dans site qui comptait auparavant comme l’un des plus surs d’Afrique pour les éléphants est source de préoccupation. Le PIKE a également augmenté sensiblement au Ruaha-Rungwa (République Unie de Tanzanie ; 16%) et au Chewore (Zimbabwe, 12%).

La stabilisation globale des niveaux de PIKE au cours des trois dernières années se reflète au niveau sous-régional, avec, dans les quatre sous-régions d’Afrique, des valeurs pour 2015 qui ne peuvent pas être différenciées des chiffres de 2014 (figure 2). Le PIKE reste inférieur à 0,5% en Afrique orientale et australe, mais il continue de dépasser ce niveau en Afrique centrale et occidentale. Il convient de souligner que 2015 est la quatrième année consécutive de baisse du PIKE en Afrique orientale depuis le pic de 2011, avec des valeurs comparables à celles enregistrées dans la sous-région en 2008.

Figure 2. Tendances du PIKE à l’échelle sous-régionale avec des intervalles de confiance de 95%. Le nombre de carcasses ayant servi de base aux calculs est indiqué sous chaque tableau.

L’Afrique occidentale, où seulement sept sites ont rapporté leurs données pour 2015, continue d’être un sujet de préoccupation en ce qui concerne la quantité et la qualité des données, de sorte qu’il est impossible d’établir des tendances fiables pour la sous-région. Dans ce contexte, il convient de mentionner le cas de Gourma (Mali), pour lequel 18 carcasses ont été rapportées dans MIKE en 2015 alors que la MINUSMA (Mission des Nations Unies pour la stabilisation au Mali )a fait état d’au moins 57 éléphants morts à Gourma entre janvier et juin 2015 (Farge 2015).

Malgré certaines variations selon les sites, les niveaux de braconnage sont resté stables dans l’ensemble des sites MIKE en 2015, mais à des taux inacceptables en particulier dans les pays d’Afrique centrale et occidentale et dans certains sites spécifiques d’Afrique orientale et australe. 

Voir également :

Pour en savoir davantage :

Burn, R.W., Underwood, F.M. & Blanc, J., 2011. Global trends and factors associated with the illegal killing of elephants: a hierarchical Bayesian analysis of carcass encounter data. PLoS ONE, 6(9), p.e24165.

Farge, E., 2015. Poaching threatens Mali’s rare desert elephants: UN mission. Reuters Africa. Available at: http://af.reuters.com/article/topNews/idAFKCN0S30MR20151009 [Accessed February 23, 2016].

Wittemyer, G. et al., 2014. Illegal killing for ivory drives global decline in African elephants. Proceedings of the National Academy of Sciences, 111(36), pp.13117–13121.

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Note aux rédacteurs: Pour plus d’informations, veuillez contacter Liu Yuan au +41 22 917 8130 ou yuan.liu@cites.org.

Au sujet de la CITES

Avec 182 États membres, la CITES reste l’un des instruments les plus puissants au monde pour la conservation de la biodiversité par la réglementation du commerce de la faune et de la flore sauvages. Des milliers d’espèces font l’objet d’un commerce international et sont utilisées par l’homme dans sa vie quotidienne pour se nourrir, se loger, se soigner, ainsi que pour l’écotourisme, les cosmétiques ou la mode.
 
La CITES règlemente le commerce international de près de 35 000 espèces de plantes et d’animaux, y compris de leurs parties et produits, assurant leur survie dans la nature au bénéfice tant des populations locales qui conservent ainsi leurs moyens de subsistance que de l’environnement mondial. Le système de permis CITES a pour but de veiller à ce que le commerce international des espèces inscrites aux annexes CITES soit durable, légal et traçable.
 
La CITES a été adoptée à Washington D.C. le 3 mars 1973.
 
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