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Déclaration du Secrétaire général
de la CITES sur les éléphants
et le commerce international de l'ivoire
Genève, le 26 février 2010
Je prends acte du débat engagé et passionné qui
entoure la conservation des éléphants et le commerce
international de l’ivoire, et je l’apprécie.
Cependant, je constate avec tristesse que récemment, ce
débat a dégénéré en attaques
déplacées et injustifiées contre le Secrétariat
CITES de l’ONU au sujet de son objectivité.
Le Secrétariat n’a pas pour habitude de réagir
aux descriptions biaisées ou inexactes de la Convention,
ou de les corriger. Cependant, alors que se profile la 15e session
de la Conférence des Parties, qui se tiendra du 13 au
25 mars 2010 à Doha, au Qatar, j’ai remarqué qu’un
certain nombre de déclarations discréditant le
Secrétariat avaient été publiées
et ne peuvent rester sans réponse.
Je n’ai pas l’intention d’expliquer en détail
le rôle du Secrétariat et comment les Parties à la
CITES adoptent les règles qui régissent le commerce
international des espèces sauvages. Les remarques suivantes
devraient suffire à répondre aux commentaires
enflammés qui semblent se multiplier concernant l’intégrité du
Secrétariat.
Pour commencer, la CITES est une Convention
dirigée par
ses membres. Les Etats membres peuvent – et c’est
ce qu’ils font – adopter les nombreuses décisions,
mesures et instructions nécessaires pour garantir que
le commerce des espèces sauvages inscrites aux annexes
de la CITES ne sera pas incompatible avec la survie de ces espèces.
Le Secrétariat a un rôle d’appui, entièrement
objectif et impartial.
Les règles qui régissent actuellement le commerce
international de l’ivoire, qui incluent ce que l’on
appelle communément un “moratoire de neuf ans” sur
le commerce de l’ivoire d’éléphants
des populations déjà inscrites à l’Annexes
II, ont été décidées par consensus à la
14e session de la Conférence des Parties (CoP14), qui
s’est tenue à La Haye en 2007. La décision
a été adoptée sur la base du document CoP14
Inf. 61, soumis par le Tchad et la Zambie au nom de l’Afrique.
Ce document, présenté à la Conférence
des Parties par le représentant du Tchad, avait été préparé en
marge de la CoP14 par les Etats de l’aire de répartition
de l’éléphant d’Afrique eux-mêmes.
Le Secrétariat CITES n’a en rien été impliqué dans
sa préparation.
En conséquence, les allégations que j’ai
lues, qui suggèrent que le Secrétariat a manipulé,
d’une manière ou d’une autre, le libellé du
moratoire pour en altérer la portée, sont sans
fondements.
L’autre allégation est que le Secrétariat
favorise les propositions soumises par la République-Unie
de Tanzanie et la Zambie (propositions qui demandent l’autorisation
de vendre l’ivoire accumulé) au détriment
de la proposition soumise par le Congo, le Ghana, le Kenya, le
Libéria, le Mali, le Rwanda et la Sierra Leone (proposition
opposée à ce commerce).
L’accent a été mis sur le fait que le Secrétariat
a publié ses commentaires sur la seconde proposition mais
pas sur les premières. Or, cela correspond parfaitement à la
pratique du Secrétariat, établie de longue date,
qui est d’attendre le rapport du Groupe d’experts
convoqué sur instruction de la Conférence des Parties
pour évaluer sur place, en République-Unie de Tanzanie
et en Zambie, divers facteurs tels que les effectifs des populations
d’éléphants, les mesures de gestion de la
conservation, le contrôle du commerce, etc. Le rapport
du Groupe d’experts devrait paraître ces prochains
jours. Tout de suite après sa parution, le Secrétariat
rendra publics ses commentaires sur les propositions soumises
par ces deux pays, comme requis par la Convention.
Enfin, il a été allégué que le Secrétariat
a fait preuve de favoritisme en rappelant aux seuls auteurs de
la proposition opposée au commerce de l’ivoire,
l’importance de consulter tous les Etats de l’aire
de répartition de l’éléphant d’Afrique
au sujet de leur proposition. Pourtant, cela va simplement dans
le sens des dispositions de la CITES. L’interdiction du
commerce de l’ivoire affecterait directement tous les Etats
de l’aire de répartition de l’éléphant
d’Afrique, alors que les propositions de la République-Unie
de Tanzanie et de la Zambie concernent uniquement leurs propres
populations d’éléphants. Ces deux pays ne
sont donc pas tenus de procéder à ces consultations.
Quels que puissent être les commentaires finals du Secrétariat
sur les propositions, ils seront fondés sur des évaluations
objectives, qui s’appuient sur les critères que
les Parties à la CITES elles-mêmes ont adoptés
et qui reflètent les dispositions et les principes de
la Convention. Là encore, le Secrétariat est – et
restera – totalement impartial.
J’attends avec intérêt la tenue d’un
débat riche, ouvert, honnête et objectif à Doha,
sur les trois propositions relatives aux éléphants.
Je prie instamment tous les participants de respecter les principes
de la Charte des Nations Unies, et d’agir selon ces principes.
Je me réjouis de vous voir bientôt à Doha.
Willem Wijnstekers
Secrétaire général |